N’ayant à ce jour que peu d’expérience sur le vol libre, je vous transmet un article de Margaux Deman, comportementaliste reconnue et qui le pratique quotidiennement. Bonne lecture.

Vol libre : les idées reçues

Lorsque l’on ne fait pas de vol libre avec ses perroquets, on s’imagine beaucoup de choses sur la préparation de l’oiseau et les dangers potentiels de la pratique. Ces dangers ne sont d’ailleurs souvent pas là où on les attend le plus…
J’ai décidé de faire un petit article qui démonte les idées reçues et répond aux questions souvent posées.

1 – N’avez-vous pas peur des rapaces ?

En France, et ailleurs, il existe une grande diversité de rapaces diurnes (vivant le jour) et nocturnes (vivant la nuit). Vous pouvez peut-être trouver étrange que j’évoque l’existence de ces derniers alors que nos perroquets ne sont sensés voler que de jour, mais je compte bien expliquer pourquoi il est important de les mentionner.
Figurez-vous que la plupart des rapaces ne sont pas en mesure d’attaquer et chasser nos perroquets. Les grands rapaces comme les buses et les milans, préfèrent s’attaquer à des proies faciles et habituelles. Les buses ont un vol relativement lent et ne pourraient pas rattraper un perroquet en fuite même si l’envie leurs prenait. Les milans en revanche, volent plus rapidement et peuvent parfois venir embêter les perroquets, en particulier les grands perroquets comme les aras, probablement parce qu’ils les considèrent comme des intrus sur leur territoire ou leur site de reproduction. Il s’agira alors de dissuasion et non d’un acte de prédation. Une fois à portée du perroquet, l’oiseau fait mine de l’attaquer avant de changer de direction.
Les courses poursuites peuvent parfois être impressionnantes, et les jeunes oiseaux inexpérimentées peuvent avoir la frousse de leur vie ! Les oiseaux qui volent depuis des années quant à eux peuvent littéralement venir embêter les rapaces pour pimenter un peu leur sortie.
Les petits rapaces comme les faucons et les éperviers ne sont souvent pas un danger à l’extérieur, bien qu’ils peuvent chasser des oiseaux de la taille d’une tourterelle. Ils favorisent les proies habituelles et se méfient de la nouveauté. Un petit oiseau coloré et bruyant est donc plus effrayant qu’appétissant à leurs yeux. Il faut cependant se méfier des éperviers, des jeunes en particulier (on les croise au début du printemps), car ils sont souvent affamés et n’ont peur de rien (pas même de vous). Affamés, certes, mais maladroits. Les attaques d’éperviers sont courantes en volière sur les petites espèces, mais extrêmement rares en vol libre.
Les grands perroquets n’ont absolument rien à craindre d’eux.
Si vous choisissez un site de vol en lisière de forêt, vous pouvez cependant croiser la route d’un autour des palombes. Ces derniers ne s’attaqueraient pas à un perroquet de couleur et de taille inhabituelle, mais un gris du Gabon ou un rosalbin serait rapidement confondu avec sa proie préférée, le pigeon ramier. La prudence est de rigueur sur des environnements en zones boisées.
J’ai mentionné les rapaces nocturnes car ils peuvent représenter un danger pour les petites espèces. En effet, si les sorties n’ont pas été bien préparées et que l’oiseau est amené à passer la nuit dehors, il s’expose alors aux prédateurs nocturnes. Les individus de couleur sombre, bleus ou verts survivent davantage que les individus de couleur claire, jaunes ou blancs. S’ils ont disparu de leur dortoir pendant la nuit, ce n’est pas très bon signe…
En effet nos perroquets sont strictement diurnes et ne se déplacent plus une fois la nuit tombée.
Les grands perroquets ne sont pas concernés et sont rarement la cible des prédateurs nocturnes.
Les espèces sauvages dont on doit se méfier en vol libre sont surtout les corvidés (corneilles, pies, grands corbeaux en région montagneuse) ainsi que les goélands. Ces oiseaux sont adeptes du harcèlement, ce qui peut rapidement déstabiliser et embarquer très loin un perroquet encore inexpérimenté.

2 – Mon perroquet et moi sommes très complices, cela fait de lui un bon candidat pour le vol libre.

Figurez-vous que non !
La complicité n’est pas indispensable à la pratique du vol libre, de sorte que l’on peut sortir un oiseau qui maîtrise les bases mais avec lequel vous n’avez pas nécessairement beaucoup d’affinités.
La clé ne se trouve pas dans la relation humain/oiseau mais dans la confiance en soi DU PERROQUET.
Un oiseau proche de vous mais peureux, sans assurance fera un piètre voilier alors qu’un oiseau plus distant mais très assuré et téméraire fera un individu fiable en vol libre.
Ce n’est pas le lien qui vous unit avec votre perroquet qui l’encourage à rester auprès de vous, mais simplement sa nature d’animal social et proie.
Les perroquets, comme beaucoup d’animaux proies, recherchent toujours un état de sécurité relative. L’environnement et les points de repère familiers (dont vous faites partie) sont toujours plus rassurants pour lui que l’inconnu et la nouveauté. Les oiseaux sont curieux et aiment explorer un environnement nouveau. Cela dit, ils sont toujours contents de retrouver leur chez eux avec leur confort et leurs petites habitudes.
De plus, la plupart des espèces sont territoriales et sont donc attachées à une aire plus ou moins fixe.

3 – N’avez-vous pas peur des éoliennes ?

On me pose souvent la question car j’emmène depuis des années mes perroquets se défouler dans les champs d’éoliennes près de chez moi.
Sur les photos et les vidéos les éoliennes paraissent toujours plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Je veille à garder suffisamment de distance pour que les perroquets ne soient pas amenés à évoluer à proximité.
Quand bien même, en milieu ouvert les perroquets ont tendance à voler bas, et bien plus bas que les pâles des éoliennes ce qui les expose à un risque d’accidents extrêmement réduit, voire inexistant. Si les éoliennes étaient entourées d’arbres (admettons), le risque que les oiseaux volent plus haut et près des pâles serait bien plus grand, en considérant que je choisisse leur site de vol de façon à ce que les éoliennes soient à portée d’ailes.
Bien sûr, je suis prudente et ce n’est pas le cas.
Les petites éoliennes de maison, que l’on voit parfois sur le toit des habitations en campagne ou en milieu péri-urbain représentent un vrai danger. Des accidents ont déjà été recensés sur des oiseaux sauvages ainsi que des perroquets en vol libre. Il est donc indispensable de ‘checker’ l’environnement pour éliminer un maximum d’éléments dangereux tel que celui-ci.

4 – Il vaut mieux faire du vol libre avec un oiseau qui vole mal afin qu’il ne parte pas très loin.

Cette information est totalement erronée ! Bien au contraire, le perroquet doit pleinement maîtriser ses ailes, pour échapper aux dangers de l’extérieur et mieux revenir s’il s’envole loin ou se perche dans un arbre.
Qui dit vol maladroit dit absence de confiance en soi. Si j’évoque régulièrement cette « confiance en soi » c’est qu’elle est un point clé dans la réussite d’une formation vol libre. Un perroquet qui maîtrise ses ailes et qui a confiance en son vol saura résoudre toutes les difficultés et revenir à son humain sans assistance.

5 – Au bout de combien d’années son perroquet est-il prêt à affronter le monde extérieur ?

Pour beaucoup de « novices », la préparation de son oiseau au vol libre peut sembler longue. En réalité, un perroquet peut être prêt à sortir après quelques jours ou quelques semaines d’entraînement non intensif.
Tout est question d’âge !
En effet les juvéniles sont de bien meilleurs candidats que les adultes, pour la simple raison que les jeunes sont génétiquement disposés à maîtriser leurs ailes au moment de l’envol (âge à partir duquel ils quittent le nid). Le vol en extérieur est très rapidement acquis, presque « instinctif ».
En revanche, les oiseaux adultes ayant passé cette période d’apprentissage évoluent beaucoup plus lentement. Ils ont souvent développé au fil du temps des blocages, un manque de confiance en eux et des appréhensions, pour la hauteur et/ou la distance.
Par exemple, les perroquets peuvent avoir du mal à venir au rappel sur de longues distances, tout simplement parce qu’ils doutent de leurs capacités et anticipent une chute éventuelle.
La problématique de la hauteur est souvent évoquée dans de nombreuses expériences de vol avec des individus un peu plus âgés. Si s’envoler très haut n’est pas difficile, redescendre en revanche s’avère beaucoup plus compliqué.
Pour des oiseaux adultes un travail plus long est nécessaire avant d’envisager une sortie en extérieur, alors que sur un jeune perroquet juste sevré, tout peut aller extrêmement vite.

6 – Les fils électriques sont-ils un danger ?

C’est également une question souvent posée.
A moins qu’il s’agisse de lignes à haute tension, dont la dangerosité n’est plus à prouver sur l’avifaune sauvage, les fils électriques que l’on croise aux abords des routes ne sont pas un danger pour nos oiseaux.
Il est rare que les grandes espèces de perroquets s’y posent. Les petites espèces peuvent y aller plus fréquemment mais ne cherchent pas à abîmer les fils.
Même à l’état sauvage les perruches et perroquets installés en zones urbaines exploitent régulièrement les fils comme des perchoirs.
Dans la formation que je propose, j’explique cependant comment dissuader son perroquet de se poser sur des zones potentiellement dangereuses. Par ailleurs, les cheminées (qui peuvent intéresser les oiseaux matures) ainsi que les routes passantes, autoroutes, lignes de chemin de fer, et les toits des voitures sont bien plus dangereux encore.
Margaux Deman © Janvier 2019