Les stéréotypies sont des comportements assez mal-connus en captivité et pourtant, elles y sont très fréquentes… Je vous propose ici d’en connaître un peu plus !

Les stéréotypies, que sont-elles ?

Qu’est-ce qu’une stéréotypie ?

Par définition, une stéréotypie est un comportement répétitif, invariant et qui n’a aucune signification apparente.
Les stéréotypies se développent dans des environnements non optimaux fournissant trop peu de stimuli pour le développement « normal » d’un animal. 
La définition de stéréotypie s’est ensuite actualisée en mettant l’accent sur les facteurs biologiques, à l’origine des stéréotypies.
Maintenant, une stéréotypie se définit plutôt comme un « comportement répétitif, induit par la frustration, par des tentatives d’adaptation et/ou par une dysfonction cérébrale ».
Cette nouvelle définition permet de différencier une stéréotypie d’un comportement adéquat. Par exemple, le chat qui pétrit son coussin en ronronnant ou encore le chien qui court après sa balle, ne sont pas des stéréotypies. Cependant, grâce à cette définition, on pourra y classer les animaux qui arrachent leurs poils ou celui de leurs congénères.

Les stéréotypies se manifestent uniquement en contexte de captivité !

Dans leur environnement sauvage, les animaux expriment de nombreux comportements naturels, qu’un environnement clos ne peut permettre. Les stéréotypies s’expriment alors pour compenser l’impossibilité d’exécuter un comportement ou un besoin naturel. Elles sont considérés comme des comportements « anormaux », bien que l’on n’ait pas d’éléments objectifs et mesurables permettant de différencier un comportement « normal » d’un comportement « anormal »…
Les stéréotypies résultent donc d’une interaction « anormale » entre l’animal et son environnement. De plus, celles-ci sont exacerbées dans des conditions de stress. Par ailleurs, elles ont des conséquences négatives sur la santé. En effet, elles interfèrent généralement avec des comportements ayant un but précis et certaines se traduisent par des auto-mutilations…
Les stéréotypies peuvent prendre plusieurs formes et touchent de nombreux animaux, tels que les animaux de laboratoires, de zoos et aussi de fermes. Parmi les plus connues :
– les ours polaires ou les félins arpentant en long et en large leur enclos
– les éléphants qui se balancent d’une patte à l’autre
– ou encore les perroquets s’arrachant les plumes ou balançant fréquemment la tête vers l’arrière, d’un côté ou de l’autre…

Les stéréotypies sont considérées comme un indicateur de mal-être animal

Bien que ce ne soit pas le seul facteur à prendre en compte comme indicateur de mal-être, la plupart des stéréotypies sont observées dans des environnements à moindre bien-être. Comme expliqué précédemment, elles se développent principalement dans des environnements non optimaux, avec peu de stimuli, peu d’espace ou des situations provoquant de la peur et/ou de la frustration. Il est reconnu que l’exposition à un stress entraîne une augmentation de la fréquence des stéréotypies.

Certains scientifiques, tel que Broom (1991), établit que les stéréotypies sont un signe d’alerte lorsqu’elles occupent plus de 10% du temps des animaux. Mason (1991), lui, suggère que le bien-être est déficient lorsque l’incidence des stéréotypies dépasse 5% dans une population donnée. 

La relation entre l’expression des stéréotypies et le bien-être est néanmoins difficile à caractériser. Les nombreuses études tendent à montrer qu’il n’existe pas de lien… Elles restent cependant principalement utilisées comme marqueurs de mal-être animal.

 

Les stéréotypies sont donc révélatrices d’un état émotionnel négatif de l’animal

Concernant les perroquets, ces derniers sont des animaux naturellement intolérants à la frustration. En effet, cet état leur est inconnu dans la nature. Ils ne sont donc pas psychologiquement adaptés pour réagir face à l’impossibilité d’exprimer certains comportements. Ainsi, dans un contexte de frustrations récurrentes, cette inaptitude rend alors les Psittaciformes très sujets aux stéréotypies.

On distingue 2 grands types de stéréotypies chez les Psittaciformes:

– Les stéréotypies d’envol : 

L’oiseau se met en position comme pour s’envoler, mais il ne décolle pas. Son corps s’affaisse sur le perchoir, les ailes sont légèrement écartées et tremblotantes. Associé à ces mouvements, l’oiseau présente des signes d’anxiété tels que les yeux exorbités et le bec légèrement ouvert.
Cette stéréotypie est généralement associé aux oiseaux ayant eu les ailes taillées ou ayant eu l’impossibilité de voler. Elle est caractéristique des oiseaux inquiets et non confiants face à leur capacité à voler.

– Les stéréotypies d’enfermement :

Les stéréotypies d’enfermement les plus connues sont les mouvements de va et vient. On observe aussi des balancements d’une patte à l’autre, des mouvements de têtes tels des boucles ou des hochements. Certains perroquets sont aussi connus pour « danser » ou pour se suspendre avec le bec ou les pattes tout en tremblant des ailes…

Les jeunes oiseaux sont plus sujets à conserver des comportements stéréotypiques tout au long de leur vie.

Un jeune oiseau ayant développé des stéréotypies durant la première année de vie, risque de les conserver, même si son environnement de vie devient idéal et stimulant.
A l’inverse, dans des conditions propices aux stéréotypies, un oiseau de plus de 1 an peut en développer à l’instant T; mais, en dehors de ces conditions, de part son âge adulte, ces dernières peuvent disparaître.

L’âge auquel apparaît les stéréotypies expliquerait alors pourquoi certaines d’entre-elles persistent et s’expriment même hors contexte générateur…

Mais… ce n’est pas parce que votre oiseau stéréotype qu’il est malheureux !

En effet, comme il a été vu ci-dessus, tout dépend des causes et du contexte d’apparition des stéréotypies. Certaines stéréotypies sont telles des « cicatrices » liées aux conditions de vie antérieures, notamment si votre oiseau les a développé durant son jeune âge.
Plusieurs points sont donc primordiaux à observer au quotidien :
– la diversité des stéréotypies : si votre oiseau exprime une seule ou plusieurs stéréotypies.
– la fréquence de celle-ci : si votre oiseau exprime sa stéréotypie que très peu dans la journée ou de nombreuses fois.
– les apparitions de nouvelles stéréotypies : cela signifie que le contexte de vie actuel n’est pas approprié et qu’il nécessite des améliorations.
– les disparitions de stéréotypies : l’environnement est alors profitable pour l’oiseau. Ce dernier s’y sent mieux, ce qui signifie que les conditions de détention lui sont favorables.
Ce qu’il est donc important de regarder est : les variations des stéréotypies via les différents points énoncés. 
Et l’objectif est : empêcher l’apparition de stéréotypies pour de jeunes oiseaux OU stabiliser les stéréotypies déjà présentes chez des oiseaux de plus d’1 an. 
Ainsi, grâce à un environnement de vie riche, stimulant, encourageant au vol et avec des congénères, les stéréotypies pourraient se stabiliser ou tendre à diminuer !

Il est important d’apprendre à observer et à écouter les besoins de ses oiseaux

Les stéréotypies soulignent l’importance d’une observation précise du comportement des animaux et d’une écoute attentive à leurs besoins. Voyez ici surtout la nécessité d’améliorer encore et toujours leurs conditions de détention en captivité…!

Sources :

thèse vétérinaire, Guesdon Céline Thérèse Marie, « Les Psittacidés et les pathologies dues à leur captivité’, 2010

thèse vétérinaire, WENISCH Emilie, » Les stéréotypies des animaux élevés en captivité », 2012

thèse vétérinaire, Grentzinger Pauline, « Elaboration d’un guide pratique à la consultation des Psittacidés et présentation des examens complémentaires disponibles chez cette famille », 2016

parole-de-plume, Margaux Deman, 2019

 

Morgane Virapin © – août 2020